Son parcours artistique n’a pas suivi l’itinéraire classique des musiciens issus de grandes familles de griots, héritiers de traditions multi séculaires (les Kouyaté, Diabaté, Cissoko…). Suite à une longue initiation transmise de père en fils, ils sont traditionnellement les seuls habilités à animer les fastueuses cérémonies auprès des notables du pays et occupent, aujourd’***, une place prépondérante sous les projecteurs des prestigieuses salles de spectacles occidentales.
Madina, quant à elle, a du s’armer de patience et de courage pour parvenir à se réaliser, tant sur un plan artistique que personnel. Désireuse d’affirmer son indépendance de femme moderne dans une société patriarcale, elle s’est, de plus, dirigée vers la pratique d’un des instruments les plus emblématiques du patrimoine musical malien : La Kora et ses vingt et une cordes. Passant outre les barrières hommes/femmes face à la pratique musicale, elle a dû s’affranchir peu à peu de la tutelle des griots se réclamant les seuls aptes à faire perdurer ce patrimoine musical.
Dans ce contexte, la pureté de sa voix, la fluidité de ses compositions et l’engagement de ces textes pour la cause féminine mettent en perspective la place que Madina tient dans ce nouveau phénomène qu’est l’accès des femmes à la pratique d’instruments traditionnellement réservés aux hommes ou à la caste des griots. Madina, malgré les foudres de certains traditionalistes, a su s’imposer comme un auteur-compositeur-interprète de talent. Formée à l’Institut National des Arts de Bamako, son initiation et sa collaboration auprès de maîtres comme Toumani Diabaté ou Djélimadi Cissoko lui ont donné les moyens d’acquérir une solide expérience de la scène.
Femme atypique, dans un pays écartelé entre tradition et modernité, Madina est depuis peu atteinte de cécité. Dépassant son handicap, elle parvient avec talent à nous faire percevoir son monde intérieur, imprégné d’un univers musical propice à l’introspection…